Mon immersion dans l’insertion

 » J’ai choisi de faire mon stage dans le centre de formation du formateur que j’avais rencontré lors de mon bilan de compétence. Il s’agit d’une association. Je n’en dirais pas plus pour garder l’anonymat de ce centre.

C’est mon premier jour. Bien évidemment, je passe mon dressing au crible, il faut que je sois classe, mais pas trop, le costume n’est pas de rigueur non plus. Je dois rester accessible. J’opte pour un jean chemise bottines, passe partout. Il est 8 h, j’attends que ma référente de stage vienne me chercher à l’accueil. 8h10, elle arrive, munie d’un très grand sourire, et les yeux remplis de bienveillance. Elle me fait visiter le centre. C’est très grand. Plusieurs salles ont été rénovées par les stagiaires, dans le cadre de chantiers pédagogiques, c’est juste super tendance ! Les couleurs sont actuelles, les matériaux sont de qualité, c’est vraiment très sympa. A contrario, je découvre également des salles qui ont fait leur temps. Les matériaux sont vieillissants, la différence est saisissante. Ma référente, que j’appellerais A, est vraiment sympa, et pleine d’enthousiasme. Elle profite de cette visite pour me dire que je passerai la semaine à tourner sur les différents groupes, et qu’on fera le point vendredi, afin que je puisse lui proposer mes idées d’ingénierie. Bon, déjà, je suis super contente parce que j’ai quartier libre, et ensuite je vais pouvoir rencontrer des publics très différents, ce sera riche. A me dit également qu’il existe 2 types de stagiaires FPA, ceux qui observent, et ceux qui se mouillent. Parce que j’ai un tempérament de fonceuse, je décide de faire partie du 2ème groupe…

A 10H, je rejoins un groupe de remise à niveau en français. La formatrice me demande de me mettre à disposition de 2 stagiaires, qui ont des exercices à faire. Bon, je commence par me présenter, j’essaie d’y mettre autant de bienveillance qu’il m’est possible. Tout de suite, l’un des deux me pose des questions sur son exercice, il n’a pas bien compris la consigne, là je me dis, c’est bon, ils m’ont accepté. Le contact se fait naturellement, l’ambiance est détendue. Premier challenge, check ! Ça ne ressemble pas trop à l’idée que je me faisais de la formation, là où moi j’imaginai un formateur avec un objectif pour l’intégralité des stagiaires, en fait là le programme est totalement individualisé.

L’après midi, j’étais avec B, une formatrice pleine d’énergie, un peu hallucinante, elle bouge dans tous les sens, crie, fait les 100 pas, va sans arrêt chercher les stagiaires, et est à 2000 % ! Ma première impression a été de me dire qu’elle devait être épuisée à la fin de sa journée.

Je tourne sur les différents groupes durant la semaine, les formateurs sont sympa, et m’accueillent avec joie. Je décide de faire mon ingénierie pour le groupe Parcours Langue. Ce groupe est constitué d’adultes étrangers, en apprentissage de la langue française. J’ai 2 idées, la première est un jeu pédagogique, sous forme de jeu de l’oie trivial pursuit, qui permettrait de réviser les acquis et d’apprendre de nouvelles choses.

Ce jeu pourrait être utilisé lorsque le formateur référent du groupe est absent. L’intérêt étant de pallier au manque de communication entre formateurs sur les exercices à faire faire aux stagiaires. Généralement, les exercices donnés par les formateurs remplaçants sont trop compliqués et par conséquent les stagiaires découragés. Ma seconde idée est de présenter les différentes administrations françaises, la CAF, la CPAM, le centre des Impôts et Pôle Emploi.J’ai pu lors de cette semaine remarquer une méconnaissance de ces administrations, et un manque d’informations. Je propose les 2 à A, qui porte un réel intérêt à mes idées, et qui me félicite d’avoir bien cerné la situation. Ouf ! Après concertation avec B, c’est la seconde idée qui est retenue. Au boulot !!

J’ai eu l’occasion d’animer plusieurs séances. La première a été une incompréhension totale. Un groupe nous a été envoyé par un tiers, les stagiaires devaient sortir de la séance (qui durait une journée) avec CV et lettre de motivation. Jusque là, tout va bien. Une fois sur place, la grande majorité des stagiaires ne parlaient pas français. Je me suis retrouvée à communiquer avec un monsieur par l’intermédiaire de son téléphone portable qui traduisait tout ce qu’on se disait ! La pédagogue qui sommeille en moi était totalement frustrée, nous étions 3 formateurs pour 12 stagiaires, et nous avons fait du traitement de texte toute la journée… Mon sentiment d’efficacité personnelle était au ras des pâquerettes. Nous avons atteint l’objectif, non pas sans peine, mais quand même, je me suis demandée quelle était l’utilité de cette action de formation. Les stagiaires n’ont pas appris à faire un cv et une lettre de motivation, et si demain ils les déposent dans une entreprise, et que celle-ci les appelle, ils ne seront pas capable de tenir une conversation en français. Frustrée frustrée frustrée. Enfin bref, toute expérience est bonne à prendre.


J’ai eu également l’occasion d’animer plusieurs séances de formation, auprès de groupe FLE, de groupe de remise à niveau, et sur différentes thématiques. J’ai navigué entre ateliers Technique de Recherche d’Emploi, comment calculer des pourcentages, accueil d’un nouveau groupe avec découverte du centre, découverte et apprentissage de mots courants (par exemple les bâtiments de la ville comme mairie, école, poste, banque etc…).
Après quelques semaines de dure labeur, d’animation et de temps d’ingénierie, j’ai eu la chance de présenter mon module « impôt » aux stagiaires (oui, j’ai choisi de scinder la formation en 4 modules, vous imaginez vous 4 heures à travailler sur les administrations 😕). Et là, je dois bien avouer que ça a été la consécration.
Le groupe a beaucoup aimé les supports visuels, auxquels ils n’étaient pas habitués. Ils ont participé, m’ont posé des questions, étaient vraiment investis et intéressés. Je terminais mon module par un quiz de 6 questions, qui me permettait de faire mon évaluation. C’était vraiment une superbe expérience, ils se sont gentiment chamaillés lorsqu’ils n’étaient pas d’accord sur les réponses, ont argumenté, ils voulaient vraiment répondre juste. Lorsque le quiz s’est terminé, ils étaient même déçus qu’il n’y ait pas plus de question. Chose à laquelle j’ai bien sûr remédié par la suite.

Le bilan que je tire de cette expérience est que j’ai vraiment aimé travailler sur ce projet. Malgré de nombreuses incompréhensions, de nombreuses questions, je me suis sentie utile, et j’ai eu beaucoup de choses à leur apporter (plus que ce que je pensais en arrivant).

Je ne sais pas si je ferai carrière en insertion, mais je suis contente d’avoir pu découvrir cette facette de la formation.

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