Formatrice indépendante : la désillusion

Vous savez quoi, ça fait 2 ans que je suis indépendante. Alors, je pense que c’est le moment de vous proposer mon bilan.

Je suis devenu indep parce qu’un OF me l’a demandé, clairement, ce n’était pas du courage de ma part, de l’émancipation ou un truc du genre, c’était juste pour pouvoir continuer à travailler avec cet OF pour qui j’avais déjà réalisé plusieurs CDD. Mais je dois bien avouer, après avoir galéré sur le « comment je deviens formateur indépendant », m’être demandé « qu’est-ce que ça change d’être formateur indépendant ».

Cet article va donc être divisé en 2 grandes parties, ce que j’imaginais VS la réalité.

Ce que j’imaginais

Haaaa, replongeons 2 ans en arrière. A l’époque, on ne savait pas ce que le mot COVID voulait dire, on se faisait la bise entre collègue, on attendait patiemment la fin de semaine pour pouvoir s’enfermer chez soi tout un week end et profiter de sa tv…

C’était le bon vieux temps !

Bref, quand je me suis lancée dans les démarches pour obtenir mon indépendance, j’ai créé mon nom d’entreprise. UPÏA. Cherchez pas, ça veut rien dire. Quand on cherche un nom pour une entreprise, il faut que celui-ci ne soit pas déjà pris. Alors figurez vous que Céline formation, Céline Gournay formation, CG formation sont autant de noms que d’entreprises déjà créées (j’ai d’ailleurs découvert qu’il existait beaucoup trop de Céline Gournay à mon goût), et je ne vous parle même pas des Go formation, Up formation, Innovation formation etc etc. J’ai fini, après une semaine de « ça y est j’ai trouvé » suivi de « merde, ça existe déjà », par trouver un site qui génère des noms automatiquement. J’en suis pas très fière, mais cette semaine de montagne russe émotionnelle aura eu raison de ma créativité.

Donc, je crée mon nom d’entreprise. Mon entreprise, à moi. Je crée mon logo, et je vais même jusqu’à commander des cartes de visite. Ce moment, même si il n’était pas issus de ma volonté propre, fait quelque chose. On ne peut pas rester insensible. Je me suis sentie grande. Un peu comme quand on quitte le nid douillet de ses parents, et qu’on passe sa première nuit seule dans son premier appart. De l’excitation, de la peur, de la joie, de la peur, une vision optimiste de l’avenir, de la peur, du soulagement, de la peur.

Pour moi, cette indépendance, ça voulait dire que je ferais ce que je veux, quand je veux, et pas qu’avec mes cheveux. Je me suis dit, si je veux aller me faire faire un massage un mardi à 14H30, je peux. Non pas que j’en ai spécialement envie, mais l’idée d’avoir la liberté de le faire, c’est génial !

Pour moi, cette indépendance, ça voulait dire être en haut de l’affiche. Je voulais que tout le monde connaisse UPÏA, me connaisse, qu’on m’appelle pour me proposer des missions, qu’on me reconnaisse dans mon domaine d’activité, qu’on me propose de former dans des grands groupes, une vingtaine, une trentaine de salariés, et pourquoi pas qu’on me fasse intervenir en séminaire ! Voyons grand !

Pour moi, cette indépendance, ça voulait dire être libre financièrement, gagner assez d’argent pour ne pas avoir peur de cette indépendance. Oui, parce que pour ceux qui ne le savent pas, quand on est indep, on cotise rien du tout, ce qui veut dire que pas de mission, pas d’argent qui rentre ! Ce n’est pas comme un CDD, là vous cotisez pour l’assurance chômage.

Pour moi, cette indépendance, ça voulait dire que je serais mon propre patron. Que personne, à part moi, pourrait me dire ce que je dois faire, et quand je dois le faire. Personne ne pourrait m’imposer mes dates de congés. Personne ne pourrait m’imposer une façon de travailler, de penser, ou n’aurait d’influence sur moi. Et je ne serais pas obligé de faire semblant de supporter certains collègues insupportables. Mon indépendance me permettrait de les envoyer bouler.

Voilà pèle mèle ce que j’imaginais : liberté, autonomie, argent, reconnaissance, bonheur, plus de faux semblant, équilibre vie pro, vie perso, du temps pour moi, travailler uniquement pour les missions qui me bottent, et avec les gens, entreprises qui m’intéressent.

Voyons maintenant ce qu’il en est, réellement.

La réalité de la vie du formateur indep

Dans un premier temps, j’ai continué à travailler avec l’OF qui m’avait demandé ce statut. En soit, ça n’avait pas changé la face du monde. La seule différence, c’est que dans nos semaines on avait une demi journée pour préparer nos supports, et j’avais la chance de pouvoir faire cette demi journée de la maison, et non plus dans l’OF. Je me suis rendue compte que je travaillais plus rapidement de la maison (bah oui, j’avais des collègues extra avec qui j’adorais papoter, prendre le café, manger des viennoiseries….).

Depuis ce contrat, j’ai eu la chance d’enchainer les missions.

J’ai eu des expériences plus ou moins heureuses.

Certaines où tu te dis vivement que ce soit terminé, si on te demande de prolonger, tu pars en courant. Parfois, le statut d’indep te met de côté. Par exemple, dans un des OF où j’ai travaillé, il y a eu un pot pour fêter la journée portes ouvertes, et je n’ai pas été invitée. Pire, je suis passée à pied (et je ne marche pas vite) devant tout le monde, sacoche à la main, pour monter dans ma voiture garée juste devant eux.

Personne ne s’est dit, tiens, on va la prévenir, ou tiens, on va lui dire de prendre une coupette. C’est peut être con, mais ça marque. Sans compter que durant cette mission, j’ai pris toutes mes pauses seule, parce que mes collègues que je ne voyais pratiquement jamais allaient dans une salle de repos avec un accès sécurisé, et que aujourd’hui encore, je crois bien que mon badge est en commande 🙂

Dans d’autres OF, ça s’est très bien passé. On te voit comme une chance, un regard neuf. On écoute tes expériences, et on te fait confiance. Et ça j’avoue, ça fait du bien.

On t’invite aux pots de départ, on te demande où tu manges le midi, si tu prends ton café avec du sucre etc. Bref, on te traite comme un équivalent.

Cependant, par un beau matin d’hiver, je me suis rendue compte que j’avais choisi la voie de la facilité. En fait, je n’étais pas indépendante, comme je l’entendais dans le paragraphe du dessus.

J’étais une salariée, mais avec un contrat différent. J’avais des horaires stricts, je devais demander mes jours de repos et remplir des feuilles pour m’absenter, j’avais des comptes à rendre sur ce que je faisais, et comment, je n’avais pas la possibilité de refuser un stagiaire (parce que oui, parfois certains dépassent les limites), je ne pouvais pas me faire masser un mardi après midi si j’en avais envie.

Financièrement, je n’étais pas plus libre. Ce que je gagnais en plus, je devais le mettre de côté pour les mois où il n’y avait pas de mission. J’étais toujours stressée à l’idée qu’on ne m’appelle pas, que je candidate et que je ne sois pas prise. Et, j’étais prête à me plier à certaines conditions, que je n’aurais surement pas acceptées si j’avais été salariée.

L’idée de liberté en avait pris un sacré coup dans l’aile.

Franchement, ce n’est pas ce que je voulais. Je me sentais vraiment pas bien.

J’ai pris un moment pour me recadrer, me poser, réfléchir. Et j’ai trouvé ma solution.

Quelques mois après ces expériences, on m’a contacté pour travailler sur une plateforme e-learning. Le job consiste à accompagner des apprenants durant leurs parcours d’apprentissage, le tout en visio. L’avantage, c’est que j’ai la liberté de fixer mon planning, la seule contrainte étant de mettre des plages d’une heure complète.

Ce travail me permet d’organiser mes semaines.

J’ai donc fait le choix de travailler à mi-temps, pour pouvoir consacrer le reste de mon temps à mon entreprise, et ça fait plus d’un an que ça dure !

J’ai fait le choix, avec Nicolas (mon partenaire dans la vie également), d’aider les formateurs qui, comme moi, souhaitent retrouver leur liberté. Nous accompagnons les personnes motivées à vendre leurs propres formations, et à trouver leurs clients idéaux.

Aujourd’hui, j’ai un réel équilibre que j’aime plus que tout ! J’ai la casquette de chef d’entreprise, qui me permet de travailler comme je le souhaite, de former les personnes pour qui je pense vraiment pouvoir apporter quelque chose, et la casquette de formatrice indépendante sous traitante, qui me permet de m’assurer un revenu fixe, d’être entourée de plein de collègues super sympa (même à distance), d’avoir des missions super intéressantes et variées, et de former bon nombre d’apprenants plus intéressants les uns que les autres.

Si j’avais une conclusion à faire sur cet article, je dirais la chose suivante : si vous avez une baisse de moral, si vous sentez que quelque chose de va pas, ne vous dites jamais : ça va passer. Prenez le temps de prendre du recul, d’analyser, d’explorer, de comprendre, pour pouvoir au final, trouver VOTRE équilibre.

Mais encore ?

Blog d’une formatrice, c’est aussi Bouge ta formation ! De la formation pour formateurs, coach, animateur.

Soyez curieux !

6 Comments

  1. Francois.lazorak

    Bonjour Céline,
    C’est une très belle histoire conclue d’un très bon conseil 🙂
    Merci

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    1. Céline Gournay

      Merci beaucoup pour votre retour François 🙂

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  2. Melanie Sippel

    Merci beaucoup, un article plein de vie et sincérité.
    La franchise du cœur entremêlé avec de la réflexivité – inspirant et une très agréable lecture pour moi, j’apprécie beaucoup.

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    1. Céline Gournay

      Merci beaucoup ! Votre commentaire me touche énormément, quel beau retour.

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  3. Aicha

    Merci pour ce blog très inspirant et plein de vie !

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    1. Céline Gournay

      Super contente si mes partages vous plaisent ! Merci pour ce super retour

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