Oyé oyé, à la rentrée, c’est du Cléa 💪

Alors, la certification Cléa, c’est 7 domaines de compétences, destinée à des adultes qui n’ont pas ou peu de diplômes, et qui souhaitent confirmer leurs savoirs par le courageux passage d’une certification.

Lorsque j’ai pris le groupe comme formatrice référente, celui-ci était déjà en centre depuis une semaine (je fais des CDD en attendant de me lancer comme auto entrepreneur). J’ai bien compris lorsque je leur ai demandé de se présenter qu’ils étaient rodés par l’exercice, qu’ils en avaient marre, et qu’ils se demandaient à quelle sauce ils allaient être mangés. Je me suis dis qu’il fallait que je gagne rapidement leur confiance, et qu’ils s’adaptent tout aussi rapidement à ma méthode de travail.

Je décide alors de débriefer avec eux sur la semaine passée sans moi. Sans grande surprise, parce que c’est aussi la dure vérité de tout centre de formation qui se respecte, on fait ce qu’on peut avec ce qu’on a, ils ont été de formateur en formateur, avec tous des méthodes de travail différentes, des comportements différents, et des attentes différentes. Je me suis dit que mes stagiaires venaient de gagner la compétence »adaptabilité ». Je les rassure donc en leur expliquant qu’en tant que référente, ils m’auraient presque tout le temps, et que dans ce contexte, mon premier objectif était de trouver un rythme de travail qui convienne à chacun.

C’est à partir de cette phrase qu’ils se sont confiés. Une stagiaire m’a raconté avoir subi (ce sont ses mots) une journée complète de mathématiques, 8 heures au total, un autre m’a dit qu’il refusait catégoriquement d’écrire, il a appris à lire seul, et est dyslexique, et la méthodologie utilisée avec le groupe jusqu’à présent était : chacun a une pochette individualisée en fonction des domaines de compétences à travailler pour la certification, avec des exercices à faire que le formateur corrige. Ce qui m’a paru logique puisqu’ils ont eu des formateurs différents quasi tous les jours, difficile pour mes collègues d’entreprendre quoi que ce soit.

Bon, forte de ces informations, il me faut un petit moment de recul pour réfléchir à mon plan d’attaque, bah oui, ça ne vient pas comme ça. Pour m’accorder ce temps si précieux, je décide donc de scinder le groupe en 2, le premier groupe va travailler sur une charte du bon stagiaire (règles de savoir vivre en communauté) et le second groupe va travailler sur l’élection du délégué et de son suppléant. Et là, un grand blanc. J’ai 10 paires d’yeux qui me regardent tout rond. Ils n’avaient pas encore travaillé en groupe, il fallait donc être plus explicite.

Une fois lancés dans leurs activités, ils m’ont demandé à quel moment j’allais venir « corriger » leur production. J’avoue que je ne m’attendais pas à ça. Je leur ai donc expliqué que cet exercice ne serait pas corrigé, ni amélioré, ni quoi que ce soit de ma part, que je leur donnais ma confiance aveugle, et que la seule réaction de ma part serait la question suivante : si c’était à refaire, est ce que vous changeriez quelque chose. A eux d’en tirer leurs propres conclusions. Ils étaient très enthousiastes à l’idée, et ont gagné en confiance en eux.

Ce temps de travail en groupe me permet de réfléchir à un angle d’attaque. Ils doivent travailler des math, du français, le travail collaboratif, le travail individuel avec la partie être force de proposition, le numérique, apprendre à apprendre tout au long de sa vie et un dernier module sur les règles d’hygiène, de sécurité, et environnementales. Sauf que, avant d’entrer en formation, ils passent déjà le Cléa, et n’auront à repasser dans 2 mois que les modules non validés. Certains ont les 7 domaines à repasser, et d’autres n’ont que 2 ou 3 domaines. Aïe, ça se complique. Je décide donc de réaménager ma salle, fini la célèbre grande tablée en U. Je crée des îlots, par niveaux, de 3 ou 4 stagiaires maxi, et je leurs demande de travailler ensemble sur les supports donnés. Je décide également de dire non aux journées de 8h de maths. Le matin, ce sera math et français, en mettant à disposition les supports, comme ça libre à eux de choisir par quoi ils commencent, et l’après midi travail collectif sur les autres domaines, en alternant les groupes et les îlots. Ils sont emballés par l’idée, première victoire. Je décide également que le vendredi après midi serait ludique. C’est-à-dire qu’on travaille, mais qu’on oublie les supports Cléa, et je prends la liberté de caler de nombreux jeux pédagogiques (jeux de rôles, mises en situation, jeux de la nasa etc). Je suis emballée par ce planning, et j’ai l’impression que mes stagiaires le sont tout autant.

Jusqu’à ce que le lendemain matin, alors que je discute avec un stagiaire qui m’avait demandé de l’aide pour un exercice incompris, ce dernier me lance un « mais vous savez, ne vous donnez pas autant de mal, je vais être honnête avec vous, plus de la moitié d’entre nous vient faire cette formation pour la rémunération ». Alors là, j’avoue que je me suis sentie bête. Mon enthousiasme, mon envie, ma volonté, n’étaient en fait que propre à moi même. Bon, gardons confiance, et allons au bout des choses, on ne me décourage pas si facilement ! Mon passé de commerciale a fait surface, il fallait que je soigne ma découverte client. En creusant un peu, et au fur et à mesure, je me suis rendue compte qu’en fait il s’agit de personnes ayant perdu tout espoir. Cela fait pour la plupart 5, 10 ans qu’ils sont sans emploi. Alors j’ai bien conscience que tout le monde n’est pas passionné par son travail, et que certains y voient juste une obligation alimentaire, mais là je souhaite qu’ils voient les choses autrement. Je décide de créer un 8ème domaine de compétences, qu’on appellera le « domaine Johnny », en hommage bien évidemment à la chanson « qu’on me donne l’envie ».

Pour simplifier un échange qui a duré quelques heures avec eux, le message envoyé a été qu’ils sont en position de force. Profiter de ce chômage pour faire un choix de carrière accessible (il faut avoir les pieds sur terre, on ne peut pas devenir cosmonaute à 60 ans quand on est myope et qu’on a une rqth) et qui correspond à qui on est, à nos valeurs, nos envies, nos besoins. Après tout, quitte à se lever le matin, autant que ça vous plaise ! Oui, je sais, c’est une façon très personnelle de voir les choses, mais après tout, pourquoi pas ? 

Certains ont, au fil du temps, modifié leurs projets pro, j’avais le cas par exemple d’un stagiaire qui souhaitait devenir agent de sécurité, mais sans grande conviction. Il m’a dit qu’il aimait le contact avec les gens, et qu’il aurait aimé être caissier en grande surface. On a donc construit son projet autour de cette nouvelle approche, et il fait son stage Cléa dans une grande surface rémoise. Il est satisfait, et il s’est enfin investie dans la recherche de stage, dans les démarches, et a commencé à travailler sur la posture à avoir. Mon travail n’a pas été dingue, une simple discussion, et un accompagnement, mais il a été bénéfique.

De nombreux ateliers leur ont été également bénéfiques. Comment apprendre à quelqu’un à être force de proposition, à travailler en équipe, à s’investir dans la vie de l’entreprise ?  J’en ai profité pour utiliser mon cadeau d’anniversaire, le grand livre des jeux en formation (formidable ouvrage). Nous avons pu, au travers de jeux pédagogiques, travailler sur le rôle de chacun en entreprise, et les difficultés que peuvent rencontrer les employeurs.

La mise en pratique était la suivante : j’ai formé 2 équipes, des entreprises de fabricants d’avions. Ils devaient, dans un premier temps, se mettre d’accord sur le nom de l’entreprise, construire un prototype d’avion en papier, et estimer combien d’avions ils seraient capable de réaliser en 15 minutes (je pense avoir utilisé une bonne partie du stock de papier brouillon de l’entreprise). Ensuite, chacun devait scotcher un numéro sur son pull, et devait avoir un rôle bien précis dans la chaine de production de l’avion. Lorsqu’on lance les 15 minutes de production, on décide de mettre les n°2 en grève, puis quelques minutes plus tard les n°5 changent d’entreprises et vont chez la concurrence, et ainsi de suite. Ce qui a pour conséquence de déranger lourdement la production. Le bilan de cette activité a été qu’en effet, ce n’est pas simple d’être employeur, mais que lorsqu’on travail en entreprise, il faut développer sa curiosité, et voir plus que son poste. 

Un autre exemple de jeu a été un jeu de rôle autour de la réunion. Mes stagiaires étaient employés à la mairie de Reims. Il y avait un responsable de réunion, et les rôles ont été distribués avec la technique des 6 chapeaux.

L’objet de cette réunion : la ville de Reims doit-elle se proposer pour organiser le concours international de course de cheval à 2 pattes ? Pour ceux qui ne connaissent pas :

🎬 AFTERMOVIE – CHEVAL A 2 PATTES 🎬

🎬 AFTERMOVIE – CHEVAL A 2 PATTES 2019 🎬Vous nous avez fait danser, rire, applaudir, frissonner… 🤩🎉Ce deuxième Championnat du Monde a tenu toutes ses promesses, grâce à vous, les cavaliers d’un jour !!! 👏🐴Public, jury, concurrents, prestataires, fournisseurs, bénévoles….. vous avez été formidables !!! Encore une fois merci à vous tous qui faites vivre cet évènement 😍

Publiée par Championnat du Monde du Cheval à 2 Pattes sur Dimanche 13 octobre 2019

Au delà des rires, oui parce que je souhaitais une thématique qui n’avantage personne, et qui ne blesse personne, les stagiaires ont eu un temps de préparation. La mise en pratique a été géniale ! Ils se sont appropriés leurs personnages, les ayant eux même créer, ont débattu, argumenté, ironisé, et ont mis leurs tripes sur la table. Le responsable de réunion a réussi à calmer le jeu, à orchestrer les temps de parole, et à faire un choix. Donc oui, Reims sera sur la liste des villes souhaitant accueillir ce concours. Mais au delà de cela, les stagiaires se sont surpris. Ils ne se pensaient pas capable d’avoir autant de répartie, de trouver autant d’arguments pour ou contre, d’exprimer leurs pensées avec autant de ferveur. 

Je suis satisfaite des quelques semaines que nous avons passé ensemble, et mes stagiaires sont reboostés à bloc ! Ils croient en eux, et pour moi c’est déjà un grand pas. Comme le dit si bien la pub, « on ne recommande pas quelque chose de moyen », alors commencer par croire en soi, par croire qu’on peut faire quelque chose qui nous intéresse, à mon sens ne sera que bénéfique professionnellement. 

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