Bâiller à s’en décrocher l’apprentissage

Alors déjà, toutes mes félicitations, si vous lisez ces lignes, c’est que vous faites partie de ces gens qui n’hésitent pas à se remettre en question, ce qui est, à mon sens, tout à votre honneur.

Premièrement, qu’est-ce qu’un bon communicant ? Nous connaissons tous des personnes qui donnent envie d’être écoutées, que ce soit dans notre entourage, ou encore des personnalités, à la télé, à la radio etc… Elles arrivent à rendre des histoires, des sujets, qui, sur le papier, ne vous donnerez pas du tout envie de les lire, mais une fois les mots écoutés par ces « bons communicants » vous paraissent passionnantes. Cependant, seriez-vous prêt à écouter ces « bons communicants » 4 heures de suite, sans regarder votre montre, sans laisser vos pensées s’évader ?

Le sujet, imposé et pas toujours apprécié

Lorsqu’on est formateur, on forme tout type de public, sur tout type de sujet, tout dépend du domaine dans lequel vous avez choisi de vous spécialiser, et je ne vous parle même pas des compétences transversales… Je pense que pour bien faire son métier, il faut au minimum que le ou les sujets abordés en formation vous intéressent, vous donnent soif de travailler dessus, sinon vous risquez de ne pas avoir envie, et votre public le sentira.

Mais une fois que vous avez la formation qui vous donne envie, qui vous stimule, qui vous enthousiasme, comment faire pour donner envie, stimuler et enthousiasmer vos stagiaires ?

Il faut bien se dire que le public en face de nous est comme nous. Il y a des sujets qui les intéresseront plus ou moins. J’ai par exemple le souvenir d’un atelier Relooking dispensé par une professionnelle à mes participants du PIC bureautique, et qui avait ennuyé au plus haut point un de mes stagiaires, qui m’avait dit en aparté avoir perdu 4 heures de sa vie. Conclusion : ce n’est pas parce que vous êtes passionné par ce que vous faites, que votre public vous suivra ! Que vous soyez bon communicant, ou pas.

L’autorité, la bonne solution ?

Quelqu’un qui s’ennuie a 2 options :

  • la première, il dort, affalé sur son bureau, bien au chaud dans sa doudoune, ou adossé à sa chaise la tête tombant sur le côté, il essaiera de luter, laissant des larmes couler le long de ses joues à force de bâiller, mais ce besoin de sommeil étant plus fort que tout.
  • la seconde, il se rebelle, il fait le pitre, soit vous le verrez avec son portable, soit discuter avec le voisin, soit faire rire toute l’assemblée par une blague racontée, soit il tentera une mutinerie à votre encontre en criant haut et fort à quel point votre formation est inutile, essayant au passage d’emmener avec lui les quelques réticents au sujet.

Votre statut de formateur vous donne le droit de crier plus fort, de menacer « si tu ne changes pas ton comportement nous irons en discuter avec le Directeur du centre », ou encore avec le conseiller Pôle Emploi, de punir « je sens que les blâmes vont tomber », ou encore « vous allez être expulsé de cette formation, et vous ne serez plus rémunéré », mais est-ce là la bonne solution ?

Peut-on avoir ce sentiment de réussite, lorsqu’on en arrive là ? Lorsqu’on se fait « écouter » par crainte des conséquences ?

Quelles alternatives ?

C’est bien gentil tout cela, mais comment faire alors ? Comment donner envie, comment aider vos participants à se dépasser, et vous, comment ne pas avoir ce statut de « gendarme » ?

LE PARTICIPATIF :

A bas les 4 heures de monologues, où le formateur est satisfait lorsqu’il fait « participer » ses stagiaires en leur posant 3 questions. Il faut laisser de la place à l’apprenant. Votre rôle n’est plus alors de délivrer un message, mais de guider vos stagiaires et faire en sorte qu’ils s’approprient le message.

Je structure mes formations avec une ligne directive : créer l’opportunité. Créer l’opportunité de laisser l’apprenant découvrir, expérimenter, se tromper, recommencer, comprendre, pour finalement cristalliser les apprentissages.

Mes temps de paroles sont majoritairement tournés vers les consignes, le but, la finalité. Je veux ça, je vous mets à disposition tel matériel, vous avez autant de temps pour arriver à terme, à vous de jouer. Les temps de paroles sont des temps d’échanges, et non d’information descendante.

Ainsi, le formateur tient une place de « personne ressource », et non plus de gendarme. Les bienfaits au sein du groupe se font rapidement sentir. Votre ou vos « dormeurs » et « rebelles » soit s’investissent dans la mission confiée, soit se font recadrer par le reste du groupe qui souhaite arriver au bout, et gagner.

La communication est simplifiée, et, parsemée de bienveillance, vous pourrez ainsi balayer tous les sujets. Le tout étant de vous mettre à la place de l’apprenant, et d’avoir assez d’humilité pour vous dire que vos paroles ne sont tout compte fait pas si passionnantes que ça :).

LA PLURALITÉ DES SUPPORTS :

Il existe aujourd’hui de nombreuses aides précieuses au formateur pour stimuler ses stagiaires, en voici quelques exemples.

Les jeux pédagogiques

Il en existe de nombreux sur le marché, mais vous pouvez tout à fait, en vous inspirant de jeux de société par exemple, créer le votre !

Qui a dit qu’on ne pouvait pas associer les mots plaisirs et apprentissage ?

Pour qu’un jeu pédagogique fonctionne, il faut suivre ces commandements :

  • A l’accessibilité des règles tu prendras garde (jeu simple, règles claires et faciles à comprendre)
  • A l’adaptabilité du matériel tu veilleras (oui, parce que bon, il va falloir le transporter, et il faudra également qu’il soit facile d’installation)
  • Au plaisir des apprenants tu penseras (le jeu devra être intense, si on s’ennuie, aucun intérêt)
  • Plein de rebondissements tu mettras (inclure des événements imprévisibles, le but étant de surprendre)
  • Gardien du temps tu seras (si la partie est trop longue, vos apprenants vont s’ennuyer).

Les supports numériques

Ils ont le vent en poupe ! Et sont l’allié du formateur en quête de renouveau. Je vous propose à ce sujet de lire mon article intitulé « le numérique en formation ».

Les jeux de rôles

Même si tous les stagiaires ne sont pas à l’aise avec cette pratique, les jeux de rôles permettent de prendre de la distance face à une situation, et de faire intégrer des thématiques plus complexes, liées aux ressentis, aux valeurs, aux idéologies.

En conclusion

Pour que votre formation soit intéressante, vous l’aurez compris, il vous faudra multiplier les approches, les angles d’attaques, faire preuve de créativité, et ne jamais, au grand jamais, négliger le feed back de vos stagiaires. Ils sont au cœur de tout, et ce n’est non pas vous, mais eux l’acteur principal de votre formation. Je pense qu’avec ces atouts dans votre manche, vous n’aurez pas à vous transformer en agent du G.I.G.N., et que vos stagiaires ne vous en seront que reconnaissants.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *